REFLEXIONS A PROPOS DE LA SITUATION ACTUELLE

12-somm

Février 2017

Mes préoccupations recouvrent les questions de l’après élection de Trump, entre autres sur les plans économique et des alliances politiques, l’évolution du Mode de Production Capitaliste (MPC), et la décrédibilisation des partis politiques.

Commençons par Trump…

Il est peut-être un peu tôt pour faire une évaluation de la politique de Trump (sur tous les sujets : géopolitique et économique). Néanmoins, une grande ligne annoncée semble le retour vers une politique néo-libérale « classique ». Trump est un milliardaire et semble vouloir gouverner le pays comme on gouverne une entreprise. Ceci implique que, sur le plan des alliances géopolitiques, il pourrait faire et défaire des alliances en fonction des intérêts immédiats, un peu comme on peut le faire sur le terrain commercial.

Dans cette perspective, il ne semble pas si évident que les EU se tournent vers la Russie comme partenaire privilégié.

Deux éléments sont à considérer : l’implication très importante de la Chine dans les entreprises et l’économie américaine (difficile de faire l’impasse sur de tels partenaires) et l’appétit sans limite de Poutine qui veut rendre à la Russie son statut de grande puissance et qui, entre autres en Syrie, s’est montré un pion incontournable. Le torchon ne brûle pas encore entre Trump et Poutine mais on parle officiellement de la fin de leur lune de miel… Un rapprochement devrait être sous-tendu par des intérêts économiques. Or, si la Russie a intérêt à un tel rapprochement (pour contourner les sanctions économiques dont elle fait l’objet), quel est l’intérêt des EU envers la Russie ? Ils sont concurrents au niveau de la production de pétrole et de gaz.

Par contre, on peut s’interroger sur la vision de Trump sur la position américaine au Proche-Orient. Il semble avoir officiellement enterré l’espoir palestinien de création d’un Etat. Quel impact sur les équilibres de la région aurait un rapprochement et un renforcement du soutien américain à Israël ? Pensons aussi au fameux décret interdisant à certains ressortissants d’entrer aux EU. L’Iran reprenait une place sur l’échiquier de cette région. Trump semble vouloir leur retirer cet avantage.

Au niveau économique, Trump et toute une série de fractions politiques de la classe dominante, semblent être tentés par un mouvement de repli par rapport à la dynamique de mondialisation. Celle-ci a facilité la circulation des individus, capitaux et marchandises mais avec l’inconvénient de l’interdépendance qu’on connait.

L’autre courant veut donc aller dans le sens inverse de cette dynamique de mondialisation et revenir aux nations, aux frontières et à la protection des entreprises et économies locales : l’Amérique aux américains, obligation pour les patrons américains d’investir aux EU et de ne plus délocaliser, mouvement semblable dans les programmes des partis populistes européens, et même  de certaines entreprises européennes qui ont tendance à relocaliser leur production.

La main-d’œuvre chinoise à bon marché coûte de plus en plus cher, les pays émergents n’offrent pas de stabilité politique, climatique suffisante et un nouveau créneau devient porteur : la production locale, de qualité pour les pays européens. Malgré cela, si ce genre de repli peut sembler un sauve-qui-peut des économies les moins mal en point pour tenter d’endiguer provisoirement la débâcle économique et de l’augmentation dangereuse du taux de chômage, on peut se demander s’il n’est pas trop tard pour opérer de tels rééquilibrages : la mondialisation est profonde et le capitalisme n’aime pas les entraves à sa circulation. La Grande-Bretagne sera probablement un laboratoire pour beaucoup d’économistes et de dirigeants politiques pour savoir comment le repli peut coexister avec la circulation.

Sur le plan économique mondial…

Plusieurs économistes prédisent un nouveau chaos financier dans les deux années à venir. Néanmoins, à côté des difficultés à venir pour l’économie capitaliste il faut aussi examiner le MPC comme un système vivant, en constante évolution et qui innove pour se maintenir en vie.

Dans cette perspective, on peut s’arrêter sur deux éléments : la transformation de l’organisation et des liens de travail et l’évolution technologique.

  • Pour le premier élément, l’économie « participative » devient une manière de proposer des services de plus en plus répandue et qui l’est à ce point qu’on commence à la règlementer.
  • Le deuxième élément est en lien direct : la poursuite de l’évolution technologique modifie profondément le rapport au travail et à la production : de plus en plus de robots et de systèmes informatiques « intelligents » effectuent la production. Ceci a deux conséquences : on aura de moins en moins besoin d’ouvriers pour manipuler les machines, mais, par contre, les travailleurs chargés de surveiller des processus autonomes de production informatisés, devront être très instruits, flexibles, capables d’initiatives, bref, dans un rapport de travail différent que celui de l’ouvrier au contremaître.

Dans les économies développées, on parle du recul du volume du travail vivant dans la production. Je pense qu’on est proche d’un seuil qualitatif à ce niveau et que le bond technologique qui est en route risque de modifier profondément le rapport au travail et à la hiérarchie du travail.

Dans le même ordre d’idée, la nouvelle idée de la classe dominante est de créer une « allocation universelle ». S’il est clair que ceci correspond à une volonté d’économie, de détricoter le système de sécurité sociale et de donner un montant minimum, je me demande si ça ne correspond pas à cette réorganisation profonde des rapports de travail. En effet, la manière dont la classe dominante présente cette allocation est celle-ci : on vous donne une somme minimum quoique vous fassiez. Vous voulez travailler, débrouillez-vous, vous ne voulez pas travailler, c’est bon aussi, ça ne nous concerne plus. L’Etat capitaliste n’est donc plus le tiers qui intervient lorsque la classe prolétarienne ne peut plus vendre sa force de travail. Désormais, chacun se débrouille et on voit se multiplier les statuts d’indépendants, c’est-à-dire de travailleurs qui se mettent à la disposition de projets, d’entreprises, pour des missions définies et limitées.

Enfin, la crédibilité…

Un dernier point concerne la perte de crédibilité du MPC et des dirigeants politiques. En effet, les partis traditionnellement de gauche n’apparaissent plus que comme des gestionnaires, certes différents des gestionnaires de droite, mais des gestionnaires donc, sans perspective. Ce qui ouvre la voie aux « extrêmes » qui, eux, présentent une perspective : soit celle d’un repli sur soi et d’un retour au bon vieux temps (la nostalgie des années où la crise économique ne se faisait pas sentir, où on ne s’inquiétait pas, où l’Europe n’existait pas), soit celle d’une société qui supprime la misère et les injustices (Mélanchon, PTB, Podémos,…). Un phénomène nouveau apparaît également : la volonté pour de « simples » citoyens de s’impliquer en politique. Ainsi, on voit se créer une série de listes électorales dont la caractéristique est de ne compter aucun membre inscrit dans un parti politique. Cette tendance est une récupération institutionnelle de la volonté de se réapproprier l’espace public, politique et démocratique exprimé dans des mouvements comme « Nuits Debout ».

En conclusion de ces petits éléments, nous sommes devant de très profonds changements dans la vie du MPC avec toutes ses conséquences, sur le plan idéologique, technologique et d’organisation du travail.

Lejardinier

 

Auteur : Prise de Parole

Site de réflexion sur les pratiques éducatives et pédagogiques.

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