POSTMODERNITE

POSTMODERNITE

Si l’après-guerre avait partagé le monde en deux blocs impérialistes concurrents, la dynamique de mondialisation a progressivement fait voler en éclat les murs trop rigides.Au niveau économique

L’écroulement du mur de Berlin constitue une métaphore dans ce processus et le visage de l’impérialisme aujourd’hui est représenté par un double mouvement : celui des ententes économiques passagères et de domination hégémonique d’un seul bloc d’une part  et d’autre part d’un accroissement sans précédent des tensions et des conflits impérialistes, entraînant une instabilité politique mondiale et une nécessité d’interventions et d’occupations militaires directes. Si les années 60 marquaient la fin des occupations coloniales paternalistes, l’exploitation des richesses en minerais et particulièrement des sources et de la circulation des énergies (gaz, pétrole) se fait sous forme de « partenariats » entre les pays pauvres souvent abandonnés à leur soi-disant souveraineté nationale  et les entreprises des pays développés. Les grandes puissances coloniales ne s’encombrent plus de construire des routes, des hôpitaux et des écoles dans les territoires colonisés mais vont désormais à l’essentiel de l’exploitation…

Ces quarante dernières années ont vu une accélération sans précédent de la capacité du système à se transformer. L’utilisation des nouvelles technologies ont modifié profondément les formes d’organisation du travail, la composition de la classe ouvrière et la notion de travail productif. La mondialisation, avec l’interdépendance des économies nationales, la circulation très rapide des biens et des capitaux, ainsi que le développement d’un capital fictif de plus en plus autonome représentent la capacité du système économique à contourner temporairement certaines de ses contradictions (tout en se fragilisant encore davantage). Ce mouvement de mondialisation a entraîné une circulation et une flexibilité extrêmes de la main-d’œuvre internationale désormais sans racines et sans ennemi identifié mais en même temps confrontée à une unification progressive de ses conditions d’exploitation.

Avant mai 68 et 1974

Sortie de la religion : Vieille structure hétéronome reste toujours en place. L’autorité émane d’un pouvoir hétéronome : Dieu, le religieux, l’Etat.

L’impérialisme provoque des guerres.

L’après Mai 68 a mis au goût du jour l’image du citoyen consommateur. Mai 68 tentera d’adapter la formation de ce citoyen consommateur aux exigences d’une main d’œuvre plus autonome, capable « d’autogérer », avec la révolution technologique et informatique, la valorisation du capital.

L’après Mai 68 voit fleurir le discours radical de gauche s’adaptant aux divers mouvements sociaux et a produit historiquement un discours humaniste réactionnaire prônant le retour aux valeurs originelles : amour de la nature, de la communauté primitive, du solidarisme, de la communion esthétique.

Des hippies aux écolos, la voie est tracée au développement d’une philosophie de la crise, elle théorise l’absence de perspectives, elle liquide au passage les balbutiements d’un retour de la pensée critique : si le structuralisme n’a pas résisté à la critique universitaire, la nouvelle philosophie, Derrida, Domenach, Ferry, Fukuyama qui théorise la fin de l’histoire, Habermas qui a perdu le sujet de l’histoire, Morin… sont les nouvelles égéries de la pensée occidentale : la critique en reste à faire.

Cette période voit la décomposition des sujets collectifs et des appareils sectateurs au profit de rassemblements ponctuels se cristallisant autour de la défense des droits de l’homme et de la nature: Amnesty International, Ligue des Droits de l’Homme, féminisme, écologisme,….

Une séparation est entretenue entre l’individuel et le social, entre l’activité des capitalistes individuels et le capitalisme global qui avance implacablement. De même, il y a séparation entre les valeurs et les intérêts, les intérêts se calculant cyniquement en argent, les valeurs se promulguant sur le plan idéal. La bourgeoisie se définit comme la classe sociale qui ne veut pas être nommée.

Par réaction, les esprits un tant soit peu exigeants ont tendance à s’enfermer dans leurs tours d’ivoires. Au début du 20è siècle, la tendance change, toutes les avant-gardes artistiques de l’époque ont en effet en commun la volonté de ne plus fuir hors du monde.

Pour les uns, il suffit de liquider les derniers vestiges de l’ancienne culture humaniste, et d’en fonder une nouvelle sur la machine et la marchandise.

Pour d’autres, c’est toute la vie, et non pas seulement la représentation qu’en donne la culture qui doit être changée.

Il y a exacerbation de la contradiction. Les transformations actuelles de la société, que je désigne sous le vocable, de postmodernité, exacerbent encore cette tendance et ne sont pas sans avoir de répercussions sur la vie quotidienne, sur les valeurs défendues par la société elle-même, sur la représentativité des institutions, …

Le passage à la postmodernité implique un changement radical quant à la prise en compte de l’individu rendant de plus en plus aléatoire son positionnement comme sujet.

Or, l’inhumanité devient la caricature de plus en plus perceptible du monde capitaliste… Entre les génocides, la corruption politique généralisée, la faillite des idéologies démocratiques ou staliniennes, le développement des guerres locales, les interventions militaires sous couvert d’intentions humanitaires et la  recrudescences d’épidémies et de maladies que la science avait permis d’éradiquer depuis longtemps ; entre la folie de la vache, la peste du porc, la dioxine du poulet, le mercure et la marée noire du poisson ; entre le réchauffement de la planète et la destruction des forêts, les bombardements, la vie n’a qu’à bien se tenir !

  1. Un changement s’opère : La croissance se poursuit, mais une transformation s’opère : la croissance implique désormais la destruction pour pouvoir se maintenir. La destruction, comme les deux guerres mondiales l’ont montrée, devient inhérente au capitalisme, pas seulement dans la violence déclarée, civile ou militaire. Partout la bourgeoisie organise l’obsolescence des objets, c’est-à-dire que la durée de vie des objets, des produits industriels, est abrégée volontairement: le prêt-à-jeter se généralise, l’industrie du gadget se développe…. L’armement entre dans la production pour la croissance.
  2. La société technologique, cybernétique a tendance à faire de nous des appendices de la machine, machines industrielles ou cybernétiques. Cette société réprime nos besoins d’être vivants, d’être actifs, de créer, d’aimer; elle empêche les hommes de communiquer entre eux, d’être solidaires. Le processus techno-industriel a instauré la division généralisée, sociale et technique, du travail, nécessitant toutefois l’installation d’un nouvel espace pour permettre l’exploitation : l’atelier informatisé virtuel.
  3. Tous ces éléments nous font dire que nous sommes entrés dans une nouvelle période, celle de la postmodernité.
  4. La postmodernité est une sorte de mot valise, qui lie le préfixe « post » au concept de modernité. C’est une période qui vient après la modernité. Pourtant, il est difficile de dater le passage de la modernité à la postmodernité. Pour beaucoup de gens, la modernité continue encore à fonctionner. Pour ce qui nous concerne, la postmodernité c’est notre temps, elle vient en continuité et en rupture avec la modernité.
  5. Par contre, ces changements positionnent l’homme en tant que « consommateur », ou acteur du spectacle capitaliste de sa propre exploitation : shows télévisés à l’américaine, remise en question de la position du Père, le « tout est permis », faussement libertaire.  Le passage implique un changement radical quant à la prise en compte de l’individu rendant de plus en plus aléatoire son positionnement comme sujet : le libéralisme à l’œuvre.
  6. Cette période est caractérisée par une remise en questions des valeurs, par la non référence à une éthique possible au profit d’un individualisme qui prône le triomphe de l’accaparement. Dans ce monde, tout devient possible, il n’y a plus de limites tierces : tout est permis, « c’est le bon vouloir de l’accumulation qui gère ouvertement.

Pour G. Lipovetsky[1] « Windsurf, skate, deltaplane, la société postmoderne est l’âge de la glisse, image sportive qui illustre au plus près un temps où la Res Publica n’a plus d’attache solide, plus d’ancrage émotionnels stable.  Aujourd’hui, les questions cruciales concernant la vie collective connaissent le même destin que les « tubes » des hit-parades, toutes les hauteurs fléchissent, tout glisse dans une indifférence décontractée.   C’est cette destitution et gadgétisation de ce qui fut autrefois supérieur, qui caractérise le narcissisme, non la prétendue situation d’un individu entièrement déconnecté du social et replié dans son intimité.

Société postmoderne signifie en ce sens rétraction du temps social et individuel alors même que s’impose toujours plus la nécessite de prévoir et d’organiser le temps collectif, épuisement de l’élan moderniste vers l’avenir, désenchantement et monotonie du nouveau, essoufflement d’une société ayant réussi à neutraliser dans l’apathie ce qui la fond : le changement.

L’après Mai 68 a mis au goût du jour l’image du citoyen consommateur. Mai 68 tentera d’adapter la formation de ce citoyen consommateur aux exigences d’une main d’œuvre plus autonome, capable « d’autogérer », avec la révolution technologique et informatique, la valorisation du capital.

L’après Mai 68 voit fleurir le discours radical de gauche s’adaptant aux divers mouvements sociaux et a produit historiquement un discours humaniste réactionnaire prônant le retour aux valeurs originelles : amour de la nature, de la communauté primitive, du solidarisme, de la communion esthétique.

Des hippies aux écolos, la voie est tracée au développement d’une philosophie de la crise, elle théorise l’absence de perspectives, elle liquide au passage les balbutiements d’un retour de la pensée critique : si le structuralisme n’a pas résisté à la critique universitaire, la nouvelle philosophie, Derrida, Domenach, Ferry, Fukuyama qui théorise la fin de l’histoire, Habermas qui a perdu le sujet de l’histoire, Morin… sont les nouvelles égéries de la pensée occidentale : la critique en reste à faire.

Cette période voit la décomposition des sujets collectifs et des appareils sectateurs au profit de rassemblements ponctuels se cristallisant autour de la défense des droits de l’homme et de la nature: Amnesty International, Ligue des Droits de l’Homme, féminisme, écologisme,….

Un nouveau paradigme ?

Un paradigme, parce que la postmodernité forme une entité identifiable, un  ensemble reconnaissable, qu’il s’agit bien d’un univers de pensée spécifique.  Ce paradigme est ouvert et marqué par l’incomplétude. Il est impossible à unifier, il est toujours en devenir, parce qu’il essaie de définir un phénomène complexe où la multiplicité est la règle. La définition de la postmodernité s’opère par une voie relative et relationnelle, une mise en évidence différentielle par rapport à la modernité. C’est une notion complexe, ouverte, incomplète et toujours en changement, si bien qu’elle est parfois difficile à circonscrire.

L’incomplétude est d’abord liée à notre condition humaine, temporaire et limitée, c’est-à-dire celle des mortels liés au langage. C’est un élément de notre situation, un argument de fait, une donnée anthropologique.   La notion de paradigme est utile, parce qu’elle esquisse un modèle pour comprendre. Nous savons que l’unification est impossible, mais nous essayons tout de même d’unifier un certain nombre de données pour définir les contours de ce phénomène.

Chaque approche théorique poussée à sa limite montre ses faiblesses et se révèle insatisfaisante. Ce constat justifie le caractère multiple des composantes de ce paradigme paradoxal.

D’autres personnes utilisent ce terme, nous pouvons citer, par exemple, Roland Brunner qui a écrit un livre intitulé « Psychanalyse et société postmoderne » ([2]), où il s’interroge : « La barbarie a-t-elle changé de forme ? ».

Yves Boisvert synthétise bien l’enjeu de l’emploi de ce terme dans son livre « L’analyse postmoderniste » :

« C’est parce que les postmodernistes sont persuadés qu’il n’est plus possible de définir notre monde, marqué par l’essor technologique, l’informatisation généralisée et l’hégémonie croissante des mass médias, à partir d’une vision élaborée au XVIII° siècle par la philosophie des Lumières, qu’ils ont choisi de se référer à une nouvelle notion : la postmodernité. Cette dernière cherche donc à définir l’ère de changement qui est la nôtre. » ([3])

Gilbert Hottois[4] consacre une étude qu’il intitule « Une histoire de la philosophie moderne et contemporaine », où il aborde le concept de postmodernité, dans son livre De la Renaissance à la Postmodernité.

C’est ce que fait remarquer André Lévy[5] :

« …une guerre mondiale qui a signifié la fin d’une époque et d’une civilisation, et qui a introduit une ère nouvelle pleine d’incertitudes et de dangers de toutes sortes, provoquant la dégradation des formations sociales apparemment les plus solidement établies. Ce même siècle, qui a également vu l’entrée dans l’histoire de cultures et de civilisations longtemps immobiles, a aussi été le théâtre de l’émergence, puis du rapide effondrement, d’espérances messianiques quant à l’avènement d’une société universelle, fraternelle et pacifiée, et aussi du déclenchement quasi concomitant de forces conduisant à l’avilissement de l’homme par l’homme, à une échelle jusqu’alors inconnue. L’homme n’a peut-être jamais été confronté à ce point aux conséquences de son pouvoir sur la Nature, sur ses semblables, et sur son propre devenir, à travers les institutions qu’il crée lui-même. »

Pour Jean François Lyotard[6]. Le concept de postmodernité est le moyen d’exprimer l’irreprésentable, l’indicible alors que la représentation dans son sens classique ne le permet pas.

L’intériorisation de la soumission n’est pas nouvelle, la gouvernance qui se maquille de l’intérêt commun ou qui s’avance sous de fausses assertions, ce n’est pas nouveau non plus, la nouveauté réside dans l’absence de justifications pour expliquer pourquoi c’est ainsi, pourquoi la domination continue.

En conséquence nous pouvons nous poser la question de savoir si nous ne sommes pas dans un nouveau paradigme  de la condition humaine, une nouvelle période où le relativisme et l’individualisme sont liés et à la base de notre vie.

Le relativisme ici peut se comprendre au moins dans deux sens, celui des valeurs où « tout se vaut ! » et un sens relationniste, ce dernier sens étant celui du lien entre les individus.

Ceci explique que l’on peut voir de l’indifférenciation au moment où la différence triomphe partout. Cette indifférenciation et cette différence ne sont pas des choix en valeur, mais une condition de possibilité du fonctionnement social et individuel.

Notre difficulté de cerner l’ennemi est celle qui est liée au manque de repères pour comprendre ce monde et le transformer. Le « capital financier » semble insaisissable par exemple. Le fait d’avoir un ennemi identifié et localisé permettait de lui adresser sa colère voire son désir de destruction, nous savions sur qui taper.

Maintenant nous avons l’impression qu’il n’y a plus d’adresse (avec nom et lieu précis) pour la colère de la lutte de classe, que l’agressivité ne peut pas trouver d’interlocuteur ni de localisation centrale pour s’exprimer, cette sensation est un facteur de désarroi et d’impuissance. Marcuse avait déjà noté cette difficulté : « Plus l’administration de la société répressive devient rationnelle, productive, technique et totale, plus les individus ont du mal à imaginer les moyens qui leur permettraient de briser leur servitude et d’obtenir leur liberté. » 

 Aujourd’hui, avec le contexte de la postmodernité, l’individu fait place à l’individualité et à l’individualisme outrancier, l’espoir se transcendante par la consommation à outrance ou la « sous-consommation » écologiste. Ceci procède d’une main mise de plus en plus forte du procès de valorisation qui transforme effectivement l’individu en consommateur, utilisateur.  On peut comprendre, sans le justifier, les réactions de désespoir de ceux qui réagissent contre la réification.

CHOC PETROLIER DE 1974

Mutations économiques

Transformation de la vie économique : de nouvelles implantations économiques dans les pays à bas salaires. Pays émergents : Japon, Chine.  Pétro dollars.

Début de la numérisation, tournant 1980 : apparition de l’ordinateur personnel. Le technologique prend de l’ampleur.  Une nouvelle gestion économique apparaît : on passe de la contrainte à la persuasion.  K financier émerge, change devient flottant.  L’algorithme permet de prévoir, et d’évaluer en fonction de la valeur argent. Automation généralisée, sans intervention humaine.

La science se réduit à la technologie. Les connaissances se parcellisent.  Difficultés pour élaborer un savoir.  Il n’y a plus de références totalisantes expliquant le monde.  Les exports apportent des connaissances parcellaires.

  1. Les effets de la postmodernité

Alors que la postmodernité remet en cause la pratique pyramidale et hiérarchique, la référence au passé, au profit de l’autonomie, du « tout aujourd’hui », elle diffuse un discours imprégné du libéralisme d’Adam Smith, prônant le « self love », la liberté d’initiative pour s’enrichir, de se développer de manière autonome, en dépit de la collectivité, exprimant ainsi la « victoire » des « lumières anglaises » au détriment de Kant. Il s’agit de l’opposition entre les « lumières continentales », représentée par Kant, et la démarche des « lumières anglo-saxonnes » représentée par A Smith.  Celui-ci reprend les thèses de Port Royal, justifiant les prêts à intérêt, un des éléments de base de l’essor du capitalisme ayant permis me semble-t-il le développement de la valeur. .  C’est l’origine du discours pragmatiste du libéralisme triomphant, et qui va se répandre de manière fulgurante avec la victoire de la contre révolution, période où le prolétariat ne s’exprime pas, ou très peu, happé par le patriotisme, préparant la seconde guerre mondiale.

La postmodernité liquide la référence au laïcisme, pour mettre en avant ouvertement le Tiers argent comme référence du devenir humain. La permissivité de la société postmoderne libérale développe l’autonomie, l’individualisme, récupérant en quelque sorte l’atomisation des travailleurs réifiés et en passe d’être robotisés. Ceci n’est qu’un constat qui peut être expliqué par le mouvement de la valeur.

Ce désordre post-moderne d’une constellation « déclassée », est marqué par l’encanaillement des classes dirigeantes, par l’émergence de lumpenbourgeoisies aventurières, d’affairistes aux carrières météoriques, de cyber-mafias mondialisées, de chevaliers connexionnistes du réseau interactif, d’intellectuels médiatiques zappeurs-zappés.

Son idéologie nie toute régulation globale et toute cohérence d’ensemble du rapport social. Emportés dans une bousculade d’intérêts fragmentaires, les individus semblent condamnés à une solitude désolée. Le capital lui-même disparaît dans un réseau indifférencié de relations et d’institutions.

La transition de la domination réelle entraîne de nouveaux modes de subjectivation dans lesquels la loi de la valeur et la quantification de toutes les relations sociales sont directement impliquées. Ce ne sont plus les idéologies pré-capitalistes de la couronne et du sceptre, ou mêmes les idéologies spécifiquement prolétariennes (liées aux idéologies pré-capitalistes de l’artisan et du citoyen) mais des idéologies spécifiquement capitalistes qui influencent maintenant les représentations du monde de l’ouvrier. Au 20ème siècle, avec la montée du fordisme et l’époque de la guerre permanente, deux modes de subjectivation lient le travailleur au capital, et ont constitué des barrières formidables aux modes révolutionnaires de subjectivation.

Premièrement, la subjectivation en tant que consommateur; apparemment une extension de l’individualisme du bourgeois, ce mode de subjectivation lui-même est l’antithèse de l’individualisme, et présuppose en effet un processus social de massification dans lequel la personne est prise dans un processus de consommation sans fin – le contrepoint parfait du fordisme qui est basé sur la production pour un marché de consommateur.

Deuxièmement, la subjectivation à travers l’identité radicale, ethnique ou religieuse; la formation d’une masse nationaliste ou xénophobe à travers laquelle la perte du sentiment d’appartenance à une communauté ressentie par une grande partie de la population (y compris la classe ouvrière) peut être canalisée dans la haine de l’Autre et la loyauté à sa « propre » nation ou peuple (et classe dominante). La probabilité, donc, est que le capital se tourne de façon croissante vers le nationalisme et la xénophobie comme base de la subjectivation de la masse de la population, et vers des idéologies racistes. Ceci signifie que la guerre capitaliste va de plus en plus prendre la forme d’une guerre de race, une tendance qui s’est déjà manifestée dans le cours du 20ème siècle, et qui menace maintenant de devenir la véritable caractéristique du capitalisme du 21ème siècle.

L’évacuation du Sujet

L’évacuation du Sujet comme acteur du changement propre au structuralisme peut être interprétée comme le retournement en son contraire de l’individualisme. Cet individualisme est générateur de perte des repères indispensables à la constitution du lien social, perte corrélative d’anxiété existentielle.

Le caractère narcissique de l’individualisme : autoréférence, toute-puissance, négation de la différence, sont antinomiques de la constitution ou du maintien du lien social.

Un phénomène social

On voit aussi fleurir les thèses de l’individualisme. On peut situer leur origine chez Tocqueville, Durkheim, Weber. Ces thèses sont souvent synonymes d’affaiblissement de l’intégration sociale et correspondent à l’interprétation du passage des sociétés traditionnelles aux sociétés modernes, des sociétés holistes aux sociétés individualistes, passage corrélatif de l’évolution de la division du travail social.

On peut relever le même phénomène dans le monde antique, avec le passage de la Cité à l’Empire et l’apparition de morales individualistes : stoïcienne, sceptique, épicurienne, faisant l’apologie de l’effacement du désir, de l’ataraxie, de l’apathie.

La discontinuité postmoderne ne commence pas avec tel ou tel effet particulier, culturel ou artistique, mais avec la prépondérance historique du procès de personnalisation, avec la restructuration du tout social sous sa loi propre. La société postmoderne demande que l’individu s’autonomise : il y a individualisme outrancier. À partir de l’autonomisation.  Il y a mise à distance progressive.  Le questionnement se vide de sens, car les possibilités de réponse vont dans tous les sens.

L’homme est considéré comme Individu consommateur, autonome, flexible selon les besoins sociétaux du capitalisme. Il est cybernétisé.  Dans le cadre d’une production capitaliste décadente, où l’identité de l’homme est souscrite en tant qu’individu consommateur.

D’une revendication développée dans une société frappée par la sous-consommation, les réponses données touchent à la société de surconsommation en crise.

Ce qui est posé, c’est la question de la propriété de soi. Le droit de choisir sa vie et de disposer de son corps est désormais un enjeu politique permanent.  C’est la libération à l’égard des « interdits ».  L’émancipation revêt un sens extensif et est récupérée par le spectacle d’une dynamique de démocratisation du banal, de la quotidienneté. Ce qui est montré ainsi, c’est l’enjeu par rapport à une image idéalisée d’une identité capable de se réaliser et les difficultés d’être dans la société actuelle.  Il s’agit de l’expression d’une nouvelle identité à atteindre.

 Un discours pragmatique et libéral voit le jour : « Je jouis donc je suis ».

 La norme sociale est récusée au profit de l’individualisme libéral. L’adresse ne peut se faire : l’apostrophe est difficile à faire, il n’y a pas d’Autre, pas de Tiers référent à apostropher.  Le questionnement d’ipséité ne reçoit pas de réponse, si ce n’est l’expression de l’hyper spectacularisation des désirs égocentriques.

Avec la domination formelle du capital, la loi de la valeur ne fournit pas directement les bases de la subjectivation de l’ouvrier. Le capital prend simplement l’ouvrier comme il a été subjectivé dans le monde pré-capitaliste, et il ajoute essentiellement la discipline de l’entreprise, le législateur et le bourgeois au sujet humain tel qu’il l’a trouvé historiquement.

 Mutations politiques

Effritement de la centralisation étatique. Il y a dés-impérialisation au profit « d’opération de police ».  Fin des Empires.

Effacement du collectif au profit de la jouissance personnelle.

Mutations historiques

Séparation entre passé – présent – futur. Difficultés à se situer dans le temps.  La généalogie disparaît. Le monde commence avec l’individu : enfermement dans le présent, dans l’actualité. Hypnose du présent.  Il n’y a plus d’utopies, mais interdiction de penser le futur. Effondrement des utopies ouvrières.  Il faut préparer l’avenir.

Mutations du droit

Avant le principe de légitimité venait d’en haut : la transcendance.  Dans la postmodernité, le principe de légitimité provient d’un consensus d’individus libres, qui émerge en 1650. Révolution des Droits de l’Homme aux USA, en France.  La légitimité émerge à partir du consentement mutuel.

L’identité change.

Avant elle émanait et était assignée par la généalogie, la naissance. L’identité était inscrite.  Avec la postmodernité, l’identité est souscrite. Elle émane de la liberté, du Droit, de la jouissance individuelle.  Ne vivre que pour soi.  Cela provoque de la résignation, de l’inertie. Il n’y a plus de contestation, car pas d’alternative.  Comment s’opposer ?

La fonction paternelle en question

L’insertion dans la culture des enfants et des adolescents relève d’une fonction d’humanisation que la psychanalyse repère comme  » fonction paternelle « . Evidemment cette fonction que l’on croirait naïvement l’apanage des pères, chacun d’entre nous en est responsable. La fonction paternelle, en effet, conditionne les modes d’entrée d’un sujet dans la culture, notamment dans le concret du langage.

A travers la transmission d’un interdit fondateur, l’interdit de l’inceste, s’origine une place dans la communauté humaine pour un sujet. Mais cette transmission, qui situe un enfant dans l’ordre de la culture familiale, à partir du repérage dans la filiation.

L’affaiblissement des identifications secondaires ne permettent plus à l’adolescent de consolider son identité, son besoin d’individuation sur la différence la plus significative qui est l’intergénérationnel. Cet effacement du rapport entre les générations, corrélatif du narcissisme, du refus de vieillir, et du refoulement par la société et les hommes de la mort, fragilise les identifications, comme le suggère Anatrella[1].

Le processus identificatoire constitutif de l’identité et qui sous-tend le travail de symbolisation relève du concept freudien d’étayage, d’après Palmade[2] : identification par étayage aux images parentales réunies, étayage sur les objets culturels symbolisant le sublime.  Il permet de travailler sur l’écart entre le proche et le lointain, l’antérieur et l’ad-venir, les problèmes intérieurs de la personnalité humaine et l’activité extérieure.

La limite est introduite sous la forme de l’impossible par le père pour faire butée au fantasme de toute puissance du petit d’homme. Le père a pour fonction d’introduire les fils de l’un et l’autre sexe, comme le disent les textes du Moyen-Âge, à la finitude de la dimension humaine, aux limites, à ce qu’en psychanalyse, on nomme la castration. Le discours scientiste vient mettre à mal le principe même de cette transmission.

[1] ANATRELLA, T. (1999) ; Interminables adolescences. Paris. Editions Cerf/Cujas.

[2] PALMADE, J. (1999) Postmodernité et fragilité identitaire. Paris Revue Connexions. 55/1999-1  (p9).

[1] Lipovetsky, G ; (1993) L’ère du vide ; Paris ; Gallimard – Folio Essai.

[2] BRUNNER, R. (1998). Psychanalyse et société postmoderne. Paris. Editions l’Harmattan. [3]Boisvert, Y. L’analyse postmoderniste, une nouvelle grille d’analyse socio-politique, l’Harmattan, collection Logiques sociales, Montréal, 1997.

[4] Hottois, G. (1997) ; De la Renaissance à la Postmodernité ; Bruxelles ; De Boeck Université.

[5] LEVY, A. (1997). Sciences cliniques et organisations sociales.  Paris. PUF (Psychologie sociale).

[6] Lyotard, JF. (1979) La condition postmoderne ; Paris ; Editions de Minuit.

Auteur : Prise de Parole

Site de réflexion sur les pratiques éducatives et pédagogiques.

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